mardi, juillet 12, 2011

CARS 2 AU CINEMA : Entretien avec le scénariste Ben Queen

De quelle façon êtes-vous devenu l'auteur de l'Art de Cars 2?


Il semblerait que quelqu'un dans l'édition ait pensé à moi. Ils ont pensé qu'avoir la vision du scénariste du film pourrait donner une autre dimension dans la série des livres "The Art of…" J'ai été très honoré qu'on me le demande et j'ai sauté sur l'occasion - surtout parce qu’écrire ce livre m'a permis d'apprendre les processus de Pixar d'une façon que je ne connaissais peu ou pas jusqu'à un tel niveau. En tant que scénariste, j'ai passé la plupart de mon temps avec le réalisateur, le co-directeur, l'équipe qui construisait l'histoire et l'équipe éditoriale. Mais savoir comment les artistes et techniciens brillants de chez Pixar ont réussi à créer le superbe look de ce film? C'était vraiment quelque chose qui m'a enthousiasmé - apprendre comment ça fonctionne vraiment ici.



Comment avez-vous choisi de travailler avec Pixar? Est-ce parce ce que Pixar est ce qu'il est ou à cause du sujet du film (traitant de voitures, d'où la connexion avec la série 'Drive')?

Curieusement, personne chez Pixar n'avait vu 'Drive'. (En fait, ce n'est pas étrange, la série a été annulée assez rapidement). Non, c'est en fait à cause d'un scénario original que j'avais écrit et qui a retenu l'attention du studio. Croyez-le ou non, je ne suis pas vraiment un mordu de voiture. Je ne pourrais même pas vous dire où se trouve le carburateur de ma Prius. D'ailleurs, je ne sais même pas si une Prius a un carburateur! Mais j'ai toujours été intéressé par ce que les voitures révèlent sur les personnes qui les conduisent. Dans 'Drive' les véhicules pour les personnes devaient vraiment mettre en valeur les personnages, ils avaient pour but de donner une impression instantanée de qui ils étaient. Par exemple, une maman d'un footballer conduisait une fourgonnette, un père et la fille étaient dans une Taurus. «Cars 2» reprend évidemment cette idée en la poussant encore plus loin puisque les voitures elles-mêmes sont les personnages.

Comment décririez-vous le processus de scénarisation chez Pixar?

Très collaboratif, très amusant. Les discussions sont divisées à parts égales entre l'intrigue et les personnages. Et ils croient très fortement que l'écriture c'est de la réécriture. Comme Andrew Stanton aime à dire «Faites le mauvais le plus tôt possible »(je paraphrase). Ils aiment à ce que le film entier soit écrit rapidement, et alors commence le vrai travail.

Considérez-vous que le processus de l'écriture de scénarios est différent parce qu'il s'agit d'un film animé ou est-il le même que pour les films avec personnages réels ou pour une série télé?

C'est exactement la même chose, sauf qu'il y a une plus grande marge de manœuvre pour un éventuel échec. En télévision, vous ne pouvez pas rater un épisode et recommencer treize fois. En fait, je crois que vous pouvez, mais la diffusion de la série serait vite écourtée. Vous avez vraiment la chance de créer un travail méticuleux. Un des meilleurs exemples se trouve dans le processus d'enregistrement vocal. Quand nous faisons une séance avec un acteur – Michael Caine, par exemple - nous pouvons faire dix versions alternatives du même dialogue de Finn McMissile. On garde la même idée, mais on fait dire un texte un peu différent. Et à partir de là, vous avez dix versions différentes de la scène. En t.v. c'est assez difficile d'obtenir un texte parfait. Mais peu importe le support pour moi, je commence toujours avec une feuille blanche, seul dans une pièce.


Quelles sont les relations mais aussi les différences entre l'écriture du scénario et le storyboarding?

Les pages qui sont écrites, indiquent le réglage des scènes, l'action et le dialogue - J'ai un peu dramatisé la scène. Mais les gars du département histoire doivent arriver à donner vie à tout cela. Ils doivent non seulement mettre en scène l'histoire, mais aussi sélectionner les prises de vues et créer les performances des personnages. La plupart des éléments créés au début du processus de création vivront ou mourront en fonction de la capacité à en traduire l'émotion au travers du pinceau et de l'encre. Souvent, les gars vont ajouter un gag ici ou là, et le rythme de la scène s'établit finalement sur la base des choix qu'ils ont faits. Le meilleur exemple de la collaboration a été la séquence de la course au Japon. Il y a eu de multiples écritures de cette scène, un très grand feedback est venu en particulier par Scott Morse. Je me souviens avoir énormément travaillé avec lui sur cette scène. Nous avons tout remis en forme du début à la fin. C'est une de mes scènes préférées dans le film.

Comment êtes vous passé d'un film de voitures à un film du type "l'homme qui en savait trop" d'Hitchcock (et vice-versa)?

C'était l'idée de John Lasseter. Quand ils m'ont parlé de l'idée, le film avait déjà été décrit de cette façon. Et je pense que c'est la meilleure chose qu’ils n’aient jamais faite et c'est ce qui rend Pixar si spécial. Je vous mets au défi de trouver une suite, surtout sur un gros budget de film d'animation familial, qui change de ton et de genre de façon si spectaculaire. C'est vraiment bien - Cela montre une véritable confiance dans la vision. Je crois que j'en parle dans le livre, mais la plupart des suites Pixar changent d'une manière ou d'une autre. Le premier Toy Story est un film de copains; tandis que Toy Story 2 est un film de sauvetage; et que Toy Story 3 est un film où les héros s'échappent de prison. Au niveau de la comédie, ils sont tous dans le même ton. Mais ils sont néanmoins de genres différents. "Cars 2" fait la même chose, mais de façon encore plus spectaculaire. Si j'étais un enfant, par exemple, et que j'avais vu une centaine de fois le premier 'Cars', qui met en avant ce qui semble venir du fond des temps, et que j'étais tombé sous le charme de ce monde et de ces personnages et qu'ensuite j'entre dans «Cars 2», qui est transformé en un film d'action avec des espions, je pense que j'en perdrais l'esprit.




C'est intéressant qu'un scénariste écrive un livre sur l'art. Dans la création de l'histoire et l'aspect visuel de Cars 2, comment décririez-vous la relation et/ou la collaboration entre les écrivains et les artistes?

Surtout, et je n'essaie pas d'être humble ici, mais surtout la collaboration consiste tout simplement en moi, personnellement, qui écrit quelque chose qui me vient en tête alors que les artistes doivent créer des images à partir de rien, sur une période de plusieurs mois et parfois pendant des années avec une attention mathématiques tout en ajoutant une fantaisie ludique. C'est fantastique à regarder. Prenons, par exemple, la scène où Martin doit aller dans les toilettes au Japon, et qu'il ne sait pas quelle porte il doit choisir. Ma description dans le scénario est la suivante: "Deux portes de toilettes, mais il ne ressort aucun élément masculin ou féminin de façon claire sur ces portes". C'est quelque chose que j'ai toujours trouvé drôle : comment les portes des toilettes dans les pays étrangers peuvent être iconographiées? Alors je l'ai ajouté dans le film. Finalement, le département "art" a produit deux portes qui sont différentes mais si subtilement qu'il faut vraiment regarder de près pour voir la différence de sexe (les cheveux de la femme sont légèrement différents). Le public rit parce qu'il comprend que la bonne solution ne saute pas clairement aux yeux, ce qui a été mon intention. Mais il y a le petit indice qui pourrait indiquer la voiture féminine (et c'est juste un simple indice), je n'y aurais jamais pensé, et je pense que ça rend la blague encore meilleure. Cela permet aussi au public de plaisanter. Le département "art" a donc compris ce que je souhaitais, mais a eu la difficile tâche de faire fonctionner la blague. Ce qu'ils ont proposé était mieux, à mon avis. Travailler ainsi, c'est plus que simplement du soin et de l'attention, c'est vraiment de la dévotion.

Avez-vous des exemples de ce lien entre l'écriture et l'art dans votre expérience passée? Est-ce que l'art vous a inspiré lors de votre écriture et est-ce que certains de vos écrits ont inspiré les artistes?

Je ne peux pas parler pour les artistes de Pixar pour savoir ce qui les a inspiré, mais ce qui m'a marqué, c'est quand Brian Frais (artiste histoire) est venu sur la production. Nous avions un peu retravaillé l'histoire mais nous avions quelques difficultés pour trouver le ton juste pour Martin. Brian a travaillé sur le premier 'Cars' et a beaucoup d'amour et de respect pour les personnages. Ses dessins de Martin sont si innocents et doux. Votre cœur bondit et apprécie émotionnellement Martin, dès que Brian le dessine. C'est l'image de Martin qui me vient à l'esprit chaque fois que je dois décrire une scène dans laquelle il joue: un Martin vulnérable, amical et mignon tel que peint Brian. Il m'a aidé à le décrire. C'est au moment où Brian est venu sur le film que j'ai commencé à aimer Martin.


Dans votre livre, vous avez parlé à propos de Cars 2 de "symbiose de la forme et du contenu". Pouvez-vous m'en dire plus sur cet aspect du film?


L'idée du film - ce dont le film parle- le «thème» peut importe la façon dont vous souhaitez l'appeler, est ce qui permet de tout faire fonctionner chez Pixar. John Lasseter s'assure que tout le monde sait ce que pense le personnage à un moment donné, et ce que cela signifie pour l'histoire du film dans sa globalité. Harley Jessup, Sharon Calahan et d'autres - ils prennent tous leurs décisions en fonction de ce qui est mieux pour la ligne émotionnelle du film. Le ColorScript, je pense que c'est ainsi qu'on l'appelle, en est un bon exemple. Je suis sûr que vous êtes bien conscient de ça. Mais les décisions au sujet de l'ambiance, l'éclairage, la couleur qui nourri le colorscript vient directement du thème. Tous ceux qui doivent travailler sur le film doivent être en mesure de se tenir en face du storyboard et de dire «Oui, voilà comment je suis censé sentir le film, d'un point de vue émotionnel".

Manifestement, l'écriture de scénarios est assez différente de l'écriture d'un livre. Comment expliquez-vous ces différences?

Au mieux de ce que je peux dire, puisque mon expérience dans l'écriture de livre est limitée, l'écriture de scénarios met en avant l'émotion et l'action, alors que l'écriture d'un livre est plus intellectualisé. C'est en fait plus réellement une façon de coucher sur le papier tout ce que je pensais du monde Pixar et de "Cars". Par exemple, alors que le thème des Toy Story parle de l'abandon et de la peur, les deux films "cars" mettent en avant plutôt l'authenticité. Toutes ces choses sont nécessaires pour cristalliser le monde dans lequel évoluent vos personnages lorsque vous écrivez le scénario, mais vous ne pouvez pas le montrer à l'image car ce serait barbant. Par contre on peut le mettre dans le livre car là, en tout cas je l’espère, ce n'est plus barbant du tout!

Grâce au livre que vous avez écrit, quel aspect du processus qu'il soit artistique ou humain, avez-vous découvert lors de la création de Cars 2 (ou plus généralement lors de la création d'un film d'animation)?

Juste dans la grande diversité de talents dans lesquels ces grands artistes doivent être compétents. Jay Shuster, qui a conçu Finn MacMissile, a une vaste expérience dans le design industriel. Harley Jessup a été un artiste des effets visuels ayant travaillé sur certains de mes films préférés datant de la fin des années 80 et des années 90. Ces gars ont beaucoup d'expérience dont ils retirent beaucoup pour les films..



Quelle a été votre collaboration avec Karen Paik sur le livre?

Karen fait une tonne d'interviews. Elles ont été enregistrées et transcrites pour moi. J'ai écrit quelques pages de l'ouvrage au brouillon et ensuite nous sommes allés tous les deux faire un peu plus d'interviews. Elle avait fait d'autres livres de Pixar, dont des "art of" et savait quelles questions poser lorsque j'en oubliais. Je n'aurais pas pu accomplir ce travail sans l'aide de Karen.

Dans le livre, vous expliquez que ce fut une scène supprimée dans Cars qui a inspiré un récit d'espionnage pour Cars 2. Actuellement, voyez-vous certains passages supprimés dans Cars 2 qui permettraient de donner naissance à une nouvelle histoire, quelque scènes que vous auriez aimé développer?

Cars 2 ouvre tout un monde nouveau dans l'univers 'Cars'. Il est difficile de ne pas vouloir suivre un peu plus les nouveaux personnages qui apparaissent ainsi que leurs histoires. Espérons que le monde de Cars continue à plaire au public, et alors le temps et l'enthousiasme viendront pour développer toutes les histoires que John et les autres ici chez Pixar ont envie d'explorer.


Merci à Scrooge pour sa traduction!